Warpaint – Voyage cosmique au pays des sirènes
« The clit-cut, the clit-cut, the clit-cut, the cut what? »

Imagine une vieille radio crachant sur les murs blancs de ta chambre l’ubuesque paysage d’une guerre opposant de jeunes et jolies alchimistes à la recherche du son philosophal à d’hideux hippies gorgés d’LSD faisant grincer les cordes hypnotiques de leur guitare, et tu auras peut-être un aperçu de ce qu’est la folie musicale de l’univers Warpaint.
Le groupe formé en 2004 le jour de la saint Valentin a ce jour là eu raison de préférer à la mécanique du cœur, celle du rock expérimental. Le mélange sombre d’une musique cryptique et déstructurée aux voix délicates et ombrageuses des jeunes californiennes, donne parfois l’impression, si l’on ferme les yeux, d’avoir été transporté dans un film d’amour de Tim Burton. L’ambiance de noces funèbres psyché qui en résulte vient vous happer à ne plus vous relâcher. Pareil un chat jouant avec la souris minuscule que vous êtes, immobile, vous recevez en guise de knock-out un coup de patte plus léger qu’une caresse d’amour. C’est plus ou moins l’effet que peut produire l’animal Warpaint sur nos corps en amour de tortionnaire. De toute façon, chauve ou non, vous êtes déjà, si vous avez lancé la musique, l’objet expérimental de ces quatre félidés alternants bons énergiques à des (g)riffs délicat(e)s.
Dignes représentantes d’un indie rock dévergondé, les Américaines se sont rapidement fait connaitre grâce à leur premier EP Exquisite Corpse dont les sessions furent mixées par le célébrissime guitariste des Red Hot Chili Peppers, John Frusciante dont l’influence est peu ou prou ressentie. Les post-punkettes surprennent, leur son mélodique par intermittence sait aller chercher des rythmes syncopés ou enchevêtrés à un shoegaze sensuel des guitares tranchantes ou totalement psychés. Ainsi l’on retrouve dans cet excellent EP, le parfait patchwork d’une new-wave à la laine folk et aux ourlets rock anglo-américain. Lancinant à certains moments, plus énergiques à d’autres, de l’EP sont sortis les excellents titres que sont Elephants, Stars ou encore Beetles. Le premier des trois, est certainement Le titre avec lequel le groupe s’est fait connaître : une ambiance de pachydermes métamorphosée en un naufrage de marins peu farouches (vous) à l’écoute d’obsédantes voix de sirènes aux mille charmes, aux mille vices. Un titre qui trompe énormément, et qui je suis sûr n’aura laissé que des méduses sur le radeau musical. À noter également l’excellent Billie Holliday qui est probablement le titre le plus représentatif de l’univers voulu par Warpaint et qui entre parenthèses devrait être utilisé par tout prof d’anglais voulant apprendre l’alphabet british à des élèves récalcitrants.
Après ce tonitruant EP, l’on aurait pu s’attendre à ce que les quatre bikinis fassent de leur premier album une bombe atomique, mais il s’est avéré un peu en-deçà de nos attentes en radiation musicale. Leurs influences de Sonic Youth et de Blonde Redhead y sont prégnantes, et l’on pourrait penser que si les membres de The Cure avaient été des femmes, elles se seraient appelées Warpaint. Quoi qu’il en soit, leur album The Fool est inégal, mais sertis tout de même de quelques trésors tels que les excellents Warpaint, Composure ou encore le single Undertow. La poésie des textes épouse parfaitement l’alambiquée psyché des harmonies féminines. La batterie de Stella Mozgawa (la dernière recrue) vient apporter son lot de rythmes célestes. Les voix semblant venues de nulle part, semble nous inviter à l’abandon. Pourtant, le premier titre de l’album Set Your Arms Down n’ouvre pas à quelque chose d’extraordinaire, bien au contraire. L’on se rassure avec la suite de cet album dont la subtilité et la simplicité angélique désarmeraient n’importe quel Syrien en manque d’opiacé.
Espérons que certains fans de Justin Bieber soient tombés par inadvertance sur le titre Baby qui, contrairement à son homonyme, est une petite merveille de ce que ces petites sirènes mélancoliques peuvent offrir à de vieux loups de mer.
Déformer la pop telle de la plasticine, voilà ce que réussit le mieux Warpaint. Et, à vrai dire, nous les remercions chaleureusement pour l’intelligence qu’elles laissent transparaitre dans leurs compositions musicales, tant elles sont arrivées à repousser à ses confins les limites de l’indie-rock.
Les guitares de Warpaint sont désormais affûtées. Actuellement en tournée, les jeunes californiennes sont notamment passées par les Ardentes de Liège, où elles ont laissé dans nos esprits une trace indélébile. Nous espérons les revoir très prochainement sur scène ou dans les studios pour confectionner la troisième et plus grande des pyramides sonores. En attendant, je remets ma casquette de marin et m’en vais me perdre, une énième fois, aux voix féériques des incroyables sirènes californiennes.





















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