Sebastien Tellier – My God is Blue

Posted by on mai 10, 2012 in Chroniques, Release

Yo listen up here’s a story

About a little guy that lives in a blue world

And all day and all night and everything he sees

Is just blue like him inside and outside

Le bleu, genèse du projet et ligne conductrice de la doctrine colorée de Sebastien Tellier, n’en était pas à ses premiers questionnements artistiques. Source d’inspiration pour certains, Yves Klein et Picasso à l’appui, il connut avant Tellier sa consécration musicale à travers les notes des Beatles et… d’Eiffel 65, entre autres. (Qu’on ne me reproche pas mes influences, j’ai grandi dans les années 90).

Quatre ans d’attente, c’en était trop. L’esprit salace de Sébastien Tellier me manquait. Electron libre de la pop française, paroles graveleuses et guitare sexy, des cendres de Sexuality, album à la thématique on ne peut plus explicite, ressuscita un Sebastien métamorphosé, surréaliste et toujours plus embrasant.

My God is Blue, récit d’une quête spirituelle et synesthésique au coeur d’un Las Vegas crado. Digne d’un Hunter S. Thompson 2.0, Sebastien Tellier, imbibé de cocktails de drogues te raconte à travers ses sonorités nébuleuses son voyage initiatique dans le monde chamanique bling bling insoupçonné du monde de l’argent sale.

Vaste affaire que de comprendre un album aussi déjanté que prodigieux. Figure un tantinet ringarde de la french touch, Sebastien Tellier enfant des 70′s, tout en pilosité, nous embarque sur sa planète bleue, accompagné de l’ombre de ses idoles, alimentées pour l’occasion d’acides en tout genre, un Jean-Michel Jarre plus halluciné que jamais en tête de file.

Pépito Bleu, ouverture à l’allure messiesque donne le ton : musicalité n’est ici plus le mot d’ordre, cette dernière est transcendée, Sebastien Tellier nous envoie vers d’autres cieux où spiritualité et onirisme priment. Fonctionnant comme une renaissance hypnotique et cosmique à prendre au septième degré comme au premier, le kitsch étant de mainmise.

La machine bleue est maintenant lancée, sublimant les genres des années 70 à 80 dans un gang-bang pataphysique.

De comptines lunaires et clownesques (Magical Hurricane, Mayday) en cantiques homériques (Russian Attraction, The Colour of your Mind), les reverbs exaltantes portées par un harmoniseur au ton heavy-disco offrent cependant les titres les plus forts de l’album. Au nombre de douze, ces derniers s’enchainent, nous imprègnent d’une folie bleutée, fonctionnant comme autant de commandements régissant la pensée de l’Alliance Telliesque : l’album dodécaèdre est une prière vaudou agissant comme un psychotrope.

L’Odysée divine prend tout son sens avec Cochon-ville, hymne à paillette d’un anarchisme Telliesque dont la prière serait « Prosterne toi, danse, rêve ». Sebastien t’invite à travers ces mots à vêtir ton plus beau short laqué, tes patins à roulettes pour danser avec lui toute la vie, sur le culte de l’amour salace, défoncé et disco.

Yes It’s Possible, point d’honneur à My God is Blue se révèle d’un psychédelisme plus abyssal que jamais, l’orgue grondant sur une pop électrisante, retentit comme une Toccata dirigée par un Bach blindé à l’ecstasy.

L’artiste délaisse l’espace d’un album son innocente voix Christophienne au profit d’une profondeur non sans rappeler l’Homme à la tête de chou, réincarné pour l’occasion version Donna Summer.

Je suis la maman d’un mouvement construit sur une falaise de biscuits.

De cette expérience haut perchée, ne naquit pas seulement un album, mais une réelle philosophie dont Tellier serait le théoricien : l’Alliance Bleue. Se revendiquant comme maman de cette dernière, Tellier se proclame âme procréatrice … ou tout simplement créatrice. S’amusant des codes sectaires développés dans son opus, il use du vice, de l’amour et de la liberté spirituelle comme d’un leitmotiv, structure de sa communauté, ne cessant de nous rappeler que « Cultiver sa folie est un devoir ».

Bi / tri / quadri polaire, le musicien n’a cessé d’affiner sa personnalité confuse au gré de ses productions. Figure énigmatique de la pop moderne, prophète du jugement intersidéral, Sebastien Tellier à travers My God is Blue nous livre un album équinoxial et enivrant.

Le mystère Tellier prend alors vie à travers les mots de Serge Gainsbourg, un « débile mental perdu en son exil physique et cérébral. »

Prend ça Polnareff, on a trouvé plus deglingoss que toi.

+ Signé chez Record Makers.

+ Retrouve l’Alliance Bleue ici.

+ A retrouver sur scène jeudi 14 juin à la Laiterie de Strasbourg, et à Nancy Jazz Pulsations le 19 octobre 2012.

+ Un cool remix du belge The Magician.

Tags: Sebastien Tellier ; Cochon ville ; Record Makers ; My god is blue ; Alliance bleue

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