Poolside – Pacific Standard Time

Posted by on août 19, 2012 in Chroniques, Release

L’AMOUR LE JOUR

Ca commence toujours par cette étrange sensation de flemme. Une envie de rien, même si à ce moment là, ta vie est cool. C’est vrai que par 35 degrés en plein cagnard, affalé sur un transat à sentir la chaleur alors que de petites gouttes de condensation se forment sur ta bière, tu as beau être le roi du monde, tu n’as pas envie de foutre grand chose. Mais au moins tu es heureux. Personnellement, ça fait déjà longtemps que j’ai arrêté de chercher le sens de la vie. A quoi bon m’interroger incessamment sur là d’où je viens et où je vais, quand je peux tout simplement poser mon cul sur une chaise et apprécier le temps qui passe ? J’ai toujours eu tendance à penser que l’hédonisme était une des différences fondamentales qui séparent l’homme de l’animal. Parce qu’on a beau croire qu’un lièvre qui court la garrigue ou un aigle qui descend en piqué s’amusent, au fond ils cherchent surtout à bouffer. Alors que moi, quand je suis assis au bord d’une piscine, le ventre plein, et que je ne branle rien si ce n’est siroter une blonde bien fraîche, et bah je kiffe.

Slow, don’t move to fast, slow down, let this feeling last.

Peu d’artistes ont mis en avant cette conception de la vie, ou alors c’est qu’ils ne sont pas passés à la postérité (et non, le reggae ça ne compte pas). Il est vrai que l’humain préfère en général que l’on réponde à ses questions plutôt qu’on le convainque d’arrêter de s’en poser. Mais parfois, certains émergent qui brandissent la flemme en étendard. C’est le cas du duo californien Poolside, qui vient de sortir son premier album Pacific Standard Time.

Plus que de la musique cool, Poolside vend un concept. Celui du Daytime Disco qui, si je peux me permettre de m’exciter un peu, amène l’electro/house à un autre niveau en la délivrant des geôles des clubs et en l’amenant au bord de la piscine. Mais sans non plus l’enfermer à nouveau dans une ambiance de pool-party, ces immenses souleries nocturnes en bord de bassin, ces soirées au goût douteux où la bière n’est pas assez fraîche, où les mecs sont trop musclés et les filles trop faciles. Non, comme son nom l’indique, le Daytime Disco est fait pour être écouté le jour entre personnes de bon goût, préférablement par grande chaleur et avec un point d’eau à proximité. Vous appréciez vos après-midi bronzette-baignade ? Poolside vient d’en composer la B.O.

Ici, point de heurts ni de folie exubérante. Que du soleil et de l’amour. On se dandine tranquillement. Les pas de danse sont légers, naturels, on bouge machinalement sa tête en sortant une Corona d’un seau de glaçons. Rien ne compte si ce n’est la tranquillité de l’instant, la douceur du moment, et les plaisirs aussi futiles et éphémères que celui d’observer du coin de l’oeil les copines qui sortent de l’eau en s’essorant les cheveux. On le sent, Filip Nikolic et Jeffrey Paradise (si, si) sont des garçons sensibles. Des Djs au grand coeur dont l’unique but est de nous mettre bien afin que les couples se forment.

Why can’t we, why can’t we just fall in love ?

C’était donc avec impatience que j’attendais ce premier full-length de Poolside, puisque cela fait déjà plus d’un an que nos deux garçons de piscine nous faisaient du teasing. Outre les quelques mixtapes postées sur Soundcloud, quelques titres avaient déjà été édités, et c’est d’ailleurs avec un grand plaisir qu’on les retrouve aujourd’hui sur l’album (parfois légèrement réarrangés). C’est le cas de Do You Believe, rapidement devenu l’hymne du groupe et leur apportant une certaine reconnaissance auprès de la scène internationale (on a notamment pu retrouver le morceau sur une compil d’Aeroplane, l’entendre passer dans un mix de MGMT à Coachella, le voir remixé sur une compil Hôtel Costes, ou faire partie de la programmation des radios officielles des supermarchés Carrefour, ouais mec). Il faut dire que ce morceau est d’une efficacité à toute épreuve, et résume encore maintenant à lui seul la «formule Poolside» : un rythme en deux temps, des percussions à consonance tropicale, une boucle de basse simple, et des accords de piano typiquement house auxquels viennent s’ajouter des vocaux éthérés qui donnent au tout cette sensation de plénitude et de tranquillité. Poolside s’approprie une recette classique et la sublime en l’accommodant à sa sauce, tel un Bernard Loiseau sous les palmiers, les envies de suicide en moins. Parce que le Daytime Disco, c’est une ode à l’hédonisme, un pas de plus dans la recherche de la pierre philosophale qui nous apporterait le sourire éternel.

Take, take me there, where I always wanted to be.

Mais ce n’est pas pour autant que Pacific Standard Time s’enferme dans un cliché. Car si, en effet, l’album peu parfois donner l’impression de se complaire dans une certaine répétition, ce n’est que pour mieux asseoir cette douce langueur et retransmettre au mieux le désir que cette sensation de kiff intense ne s’en aille jamais. Et il serait d’ailleurs de bien mauvaise foi d’affirmer dès le premier abord que les morceaux se répètent. Pacific Standard Time n’est pas un disque léger, au sens péjoratif du terme : il a tout simplement l’audace discrète. En témoignent les glissements subtils entre des morceaux entrant totalement dans la formule (Next To You, Why You Wanna, California Sunset, Do You Believe, Take Me Home), des productions résolument Disco qu’on croirait tout droit sorties des années 70 (Golden Hour), des petites bombes au format Pop ultra accrocheur (Just Fall In Love, Give It A Rest), et des OVNIS musicaux étranges, aux rythmes et sonorités improbables, mais néanmoins efficaces (Take Me There, Kiss You Forever, Without You, Can’t Get You Off My Mind, Slow Down). Et je ne pourrais pas parler d’audace sans mentionner le déjà culte Harvest Moon, une reprise du classique de Neil Young, qui démontre non seulement la largeur des influences du duo mais aussi leur capacité à s’approprier un morceau totalement étranger à leur univers et à l’y faire entrer si facilement que l’on croirait que sa place à toujours été celle-ci.

Because I’m still in love with you, I wanna see you dance again, because I’m still in love with you, on this Harvest Moon.

Aussi rafraîchissant que le son d’une cannette que l’on décapsule, Pacific Standard Time s’est donc un peu imposé chez moi comme l’album de l’été. Idéal en vacances comme à la maison, pour se mettre de bon poil en avalant son café au soleil avant de partir au boulot. Avec ce premier album, Poolside frappe fort et surprend les fans en proposant de vraies nouveautés, sans cependant dériver une seule seconde de ce qui définit le concept. Daytime Disco Baby, retiens bien ça : de Los Angeles à Nancy, on n’est désormais plus qu’à un album de distance.

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+ Site officiel du groupe.

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